Non aux fiches de poste "Prince Charmant"

Ma première tribune sera dédiée à un fléau qui fait rage dans le monde du recrutement depuis des années, j’ai nommé : les fiches de poste “Prince Charmant”.

Je suis coach depuis maintenant plusieurs mois et une redondance lors de mes sessions m’a frappée : 80 % de mes coachées m’ont affirmé ne pas candidater à une offre si elles ne cochent pas toutes les cases de la section “Prérequis”. Oui vous savez, cette section à la fin de la fiche de poste où il est écrit qu’il faut :

  • avoir minimum 3 ans d’expérience sur le poste convoité
  • être bilingue en anglais, allemand et avoir des bases en chinois
  • avoir plusieurs diplômes, 3 ou 4 semblent être suffisants
  • être autonome, débrouillard.e, ambitieux.se, visant l’excellence mais être aussi partant.e pour “des bières le jeudi soir en équipe”
  • être entièrement dévoué à la mission de l’entreprise
  • avoir une vraie passion ou au moins une bonne connaissance du secteur

J’imagine que vous reconnaissez au moins 2 ou 3 offres qui ont croisé votre chemin provoquant cette pensée dans votre tête

“Malheureusement je ne coche pas toutes les cases. Je passe, ce sera pour une autre fois :)”.


80% de mes coachées m'ont affirmé ne pas candidater à une offre si elles ne cochent pas toutes les cases de la section "Prérequis".

Selon moi, écrire des fiches de poste irréalistes a des effets néfastes non seulement pour les candidats mais aussi les recruteurs. Explication.

Tout d’abord, voyons ce qu’il se passe dans la tête d’un.e recruteur.se quand il.elle écrit une fiche de poste.

De son côté le.la recruteur.se se dit “Ok, dans mon monde idéal, quels sont les attributs du meilleur candidat ?”. Et là se produit exactement le même mécanisme que quand on se pose la question “Ok, dans mon monde idéal, quels sont les attributs de mon prince charmant ?”. Et là vous savez ce qu’il se passe : on imagine directement l’homme grand et musclé aux yeux bleus, qui est à la fois bricoleur, intellectuel et sportif, qui a eu assez d’expériences avant nous pour être suffisamment mature mais qui reste quand même entièrement détaché de ses ex pour nous être totalement fidèle et dévoué. Bref, vous connaissez le refrain : on y pense mais au final on n’y croit pas. Au fond de nous on SAIT que ce n’est pas réaliste. Et dans la pratique, on abandonne assez vite l’idée de cocher tous ces prérequis quand on a trouvé la personne avec qui "ça marche bien".


Côté recruteur ça se passe exactement de la même façon ! Pour avoir été à cette place dans le passé, on suit le même processus, soit :

Phase 1 : Rédaction de la fiche de poste

“Allez c'est parti, imaginons à quoi ressemble le candidat idéal. Ca y est, je l'ai ! Ok je vais mettre en ligne cette fiche de poste même si je ne suis pas sûre que ce soit réaliste”

Phase 2 : Réception des CV

“Bon, personne ne coche tous les prérequis... Peut-être qu'en fait je peux me passer des 5 ans d’expérience dans l’industrie du tourisme nautique en Asie du sud-est”

Phase 3 : Entretiens avec les candidats.

“Mince alors, cela fait déjà 1 mois que je cherche et j’ai trop peu de candidatures. En plus, jusqu’à présent personne ne correspond à mes critères ... Allez, je vais réécrire la fiche de poste pour qu’elle soit plus réaliste.”

Phase 4 : Décision.

“Même si Thomas coche toutes les cases, finalement j’ai vraiment envie d'embaucher Caroline. Elle a peu d’expérience sur ce poste mais je suis convaincue que grâce à sa motivation elle apprendra très vite !” 

Voilà donc ce qu’il se passe réellement du côté du recruteur. Mon point de vue est que si la fiche de poste avait été plus réaliste ou plus flexible dès le début, moins de profils ne se seraient censurés et la nouvelle recrute aurait été intégrée à l'équipe plus tôt.

Voyons ce qu’il se passe dans la tête du candidat, maintenant.

Phase 1 : Lecture de la fiche de poste.

“Oh non, il me manque un critère dans les prérequis. Je ne conviens pas au poste donc je ne peux pas candidater.”

Phase 2 : Remise en question.

“Je ne remplis pas les critères des offres qui m’attirent, donc je ne peux pas accéder à ce type de poste maintenant.”

Phase 3 : Dévalorisation

“Même si ça m’attire moins, à partir de maintenant je vais postuler à des offres pour lesquelles je remplis 100 % des critères. ”

Phase 4 : Décision.

“J’ai finalement décidé de prendre un job qui correspond plus à mes compétences. Mais en réalité, je reste dans ma zone de confort et je n’ai pas l’impression d’apprendre ni d'évoluer”

Phase 5 : Retour à la case départ

“Je m’ennuie, j’ai besoin d’un job plus excitant. Et si je cherchais un nouveau job ?

Passer par ces différentes phases revient à tomber dans "le cercle vicieux de la dévalorisation” qui opère quand on s'abandonne à ce sentiment de "ne pas être à la hauteur". En choisissant de donner de l'importance à ce sentiment, on est amené à écarter les situations qui recréent ce sentiment, pour rechercher des situations qui nous inspirent confort et maîtrise. Et voici ce qu'il se passe :

Alors, oui, on tombera toujours sur des fiches de poste où on ne cochera pas tous les prérequis, mais on peut sortir de ce cercle vicieux en agissant au moment où on commence à ressentir le sentiment de ne pas être à la hauteur. Bien qu'on ne puisse pas contrôler l'arrivée de la pensée dans notre cerveau et la création du sentiment, on peut choisir de se focaliser dessus ou de se focaliser sur une autre croyance. Voici l'exemple d'une croyance alternative qui mériterait qu'on lui donne de l'importance :

Et voici comment "le cercle vicieux de la dévalorisation" peut se transformer en "cercle vertueux du courage" :


J’en entends déjà certain.e.s me répondre “Non, je n’ai pas rien à perdre, je vais certainement perdre du temps et me faire des faux espoirs”. Oui en effet, ça prend du temps de candidater, mais malheureusement quand il s'agit de décrocher un job il n’y a pas de résultat sans investissement préalable, que ce soit du temps, de l’énergie ou de la confiance qu’on place dans une personne ou une entreprise. La clé est de ne pas voir ce temps comme 2h pour candidater à un poste en particulier mais comme 2h de travail dans la recherche de job au global.

Aussi, candidat.e.s, si vous tombez sur beaucoup trop de fiches de poste “Prince Charmant”, sachez qu’en 2019, 89% des entreprises utilisent une offre d’emploi pour déclarer un besoin et chercher des candidats. Oui c’est beaucoup, mais cela veut dire qu'une entreprise sur 10 en moyenne utilise d’autres moyens pour recruter, notamment les candidatures spontanées ou le réseau de contact des recruteurs. Ouf, la fiche de poste n'est pas universelle, ni indispensable.


Après avoir lu cette tribune, candidat.e.s qui ne vous sentez pas à la hauteur : apprenez à repérer les fiches de poste "Prince Charmant" et ayez le courage d'y candidater, car elles pourraient vous réserver de bonnes surprises. Par ailleurs, si vous sentez que vous auriez besoin d'un accompagnement de coaching pour changer de job, n'hésitez pas à jeter un coup d’oeil au programme de coaching “Change de Job” qui est un programme de 3 mois 100% en ligne.

Et recruteur.se : j’espère que vous essaierez de vous éloigner au maximum des fiches de poste “Prince Charmant” pour faire des fiches de poste réalistes le plus possible !

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